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Un blog qui parle de culture, de vie, de ce qui plait, de ce qui choque. Bref, c'est un blog d'humeur...

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La petite fille de Monsieur Linh

Linh-copie-1.jpgEst-ce la récente paternité qui a fait que ce roman m'a autant touché?
La sensation qu'une vie dépend totalement de nous est l'origine d'une grande force mais aussi d'une grande peur. Un parent se sent protecteur mais se sait fil fragile auquel est attachée une vie, si forte et néanmoins dépendante.

C'est ce qu'on ressent tout au long de la bouleversante histoire de Monsieur Linh, réfugié dans une grande ville, peut-être américaine, ayant quitté son pays en guerre, quelque part en Asie du Sud-Est. Il arrive dans la grande ville dont il ne connaît pas la langue, après une longue traversée en bateau avec pour seul bagage une valise contenant le peu de souvenirs matériels qu'il a emportés, et sa petite fille, Sang Diû. Son fils et sa belle-fille sont morts l'explosion d'un obus lors qu'ils travaillaient dans la rizière. Monsieur Linh n'ayant plus rien qui le rattache au pays décide de le quitter pour offrir à l'enfant une vie meilleure.

Débarqué du bateau, il découvre le dortoir qu'il partage avec d'autres réfugiés, et la grande ville, son vacarme, ses gens pressés et ses voitures. Il fait la connaissance de Monsieur Bark, vieil homme lui aussi blessé par la vie. La nécessité de survivre pour que l'enfant puisse vivre et l'amitié qui naît entre les deux hommes sont les deux raisons qui font que Monsieur Linh ne renonce pas, ne se laisse pas emporter vers de plus paisibles rivages.

Philippe Claudel offre un roman onirique, débordant de tendresse et dont le seul plaidoyer est pour les rapports entre les hommes. Lorsqu'on est rendu muet par l'absence de langage, il est impossible de ne pas observer, écouter, comprendre sans les mots. Il est indispensable de déployer des antennes pour se laisser pénétrer par les émotions, la joie, la tristesse et l'amour.

Le roman est court, mais chaque phrase est un coup et une décharge de tendresse. On se sent quelque peu honteux d'être doué de parole et de savoir partager, mais de ne pas en profiter, de ne plus faire attention à rien, de foncer tête baissée vers ces buts quotidiens qui sont les nôtres. 
C'est comme si, ayant domestiqué le feu, on ne se chauffait plus. Nous sommes des enfants gâtés qui avons désiré un jouet multicolore dans une vitrine et qui aussitôt l'avons laissé prendre la poussière dans un coin de notre chambre. Pire, on déteste ceux qui s'arrêtent pour prendre le temps. On méprise le poète qui ne s'intéresse pas au concret. On ne voit plus que l'arrivée.

Et pourtant, qu'il est beau, le chemin qui y mène...

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