Un blog qui parle de culture, de vie, de ce qui plait, de ce qui choque. Bref, c'est un blog d'humeur...

Avec l'aimable autorisation de Cécile Bertrand
Comme je le disais il n'y a pas longtemps, on vit un époque de contrastes. Autant la beauté, la générosité, l'intelligence et l'émotion sincère sont trouvables dans ce monde, autant la bétise, la cruauté et l'indifférence sont notre pain quotidien si on n'y prend garde.
Je passe sur la reprise de l'innomable crétinerie qui va coller tous les jours les abrutis voyeuristes devant leur écran, à la recherche d'un peu de rêve formaté et de pollution sonore pour les quatre prochains mois. Je passe dessus avec mépris, et pourtant... Je pense que le quatrième cavalier moderne de l'Apocalypse, hors ceux cités ci-dessus est la complaisance.
On nous ment à longueur de journée et on se laisse faire.
On assassine des talents en direct et nous ne disons rien. Pire: nous acceptons, nous fonçons tête baissée dans le piège et, ce faisant, nous cautionnons l'assassinat. Et tout ça pour quoi ? Parce qu'il n'y a rien d'autre à la télé ? Parce qu'on ne nous offre pas mieux ? Parce qu'il est impensable de couper la télé juste après le journal (où même là on nous a menti...) et de retrouver des relations normales avec sa famille ou avec soi-même ? Pauvre planète qui se contente de ce qu'elle a !
Le pire, c'est que cette peste ne s'arrête pas à des émissions de télé. Elle est partout. On s'émerveille de la politique du coup d'éclat et de la poudre aux yeux. On se satisfait de la lecture d'une certaine lettre dans les lycées français, mais on oublie la foultitude d'autres gamins fusillés (ou gazés, ou pendus...) Elle est bien écrite, cette lettre. Mais j'en ai cité deux similaires dans mon mémoire, il y a dix ans de ça. N'importe quel condamné à mort la veille de son exécution, écrit une lettre à ses parents, si on ne lui a pas coupé les mains, bien sûr. Parle-t-on plus pour autant de la peine de mort aux enfants dans les écoles ?
N'y a-t-il plus que la forme qui compte? Pourquoi l'indignation et la critique sont-elles devenues des valeurs aussi rares ? Sont-elle marchandes ? J'ai entendu récemment quelqu'un me dire qu'il fallait s'indigner pour ce qui en valait la peine.
J'ai entendu comme le silence d'une pantoufle...
On vote pour n'importe qui parce qu'ils crient plus fort et qu'on n'est pas capable d'écouter les discours, on ne s'intéresse qu'au volume et à l'image.
Oui, je fais une analogie troublante: il est encore fécond, le ventre qui a accouché de la bête immonde.
Il y a quelques années, un groupe de presse belge a lancé pour ses journaux de proximité une campagne radio avec pour slogan: "Si t'es pas du coin, touche pas à mon quotidien !" Tout un programme...
Ils ont changé depuis, signe peut-être de la capacité de quelques uns à s'indigner encore.
Ces derniers temps, une pub vante les mérites non-polluants d'une marque de voiture. "On parle de la pollution, mais personne ne fait rien. Moi je fais quelque chose, j'ai acheté une nouvelle voiture".
Personne ne fait rien ? Voilà qui m'ôte une grosse épine du pied. Moi qui culpabilisais de ne pas faire assez, je n'ai plus à m'en faire. Je sens que je vais ressortir mon 4x4 et rallumer le chauffage à fond.
Faudrait pas que je prenne froid...