Un blog qui parle de culture, de vie, de ce qui plait, de ce qui choque. Bref, c'est un blog d'humeur...
A quoi sert le "i" de "oignon" ?
Pourquoi y a-t-il une différence entre un cuissot de chevreuil et un cuisseau de veau?
Saviez-vous qu'on peut maintenant parler des z'Hollandais qui taillent leurs z'haies et mangent des z'haricots?
Le Parlement de la Communauté Française de Belgique envisage, à pas de loup, de lancer une nouvelle réforme de l'orthographe. But annoncé: réduire la fracture orthographique, qui est une porte cochère de la fracture sociale. Il s'agit d'augmenter l'accessibilité à l'enseignement et d'amener la démocratisation de l'école sans se contenter de gonfler artficiellement le nombre d'enfants qui y ont accès. Les parlementaires ont appelé ça "prendre le mal à la racine".
Lequel Racine doit sans doute déjà se retourner dans sa tombe... Personne n'a, semble-t-il, levé l'objection de la trace historique que représente l'orthographe dans la langue et, partant, dans la culture. Dis-moi comment tu écris, je te dirai d'où tu viens...
Mais pour réduire une fracture sociale, on crée une fracture culturelle.
On nous assure que "la langue classique existera en parallèle". Où? Dans les universités, les "hautes sphères", là où tout le monde n'a pas accès. Les autres, les laissés-pour-compte, les "sans-stylos" écriront en langage sms, s'ils écrivent encore.
Le nivellement par le bas a encore frappé.
Dans une recherche sans cesse recommencée de résultats spectaculaires, identifiables et (auto-)attribuables, les parlementaires se rattachent une fois de plus à des solutions immédiates et boîteuses, sans s'attaquer, quoiqu'ils en disent, au fond du problème: la revalorisation de l'enseignement au sein des consciences collectives. Oui, l'orthographe est enseignable au même titre que l'algèbre et la géographie. Oui, son apprentissage nécessite un effort de la part de l'élève et une volonté farouche d'obtenir des résultats de la part de l'enseignant.
Non, ce n'est en aucun cas une malédiction à laquelle échappent quelques bienheureux prédestinés.
Et ce n'est certainement pas en donnant l'illusion que la difficulté est supprimée qu'on améliorera l'avenir des élèves en difficulté.
Au mieux, on améliorera leur présent. Vous avez dit "immédiat"?
On pourra par ailleurs se poser la question des conséquences pour la langue elle-même.
Sans blague? "Ognon" parce que personne ne sait vraiment plus d'où vient ce "i"? Et le "gn" alors? Allez, "Onyon". Et on n'en parle plus...
On pourrait aussi supprimer l'accent circonflexe. De toute façon, on ne sait jamais où le placer... Et tant qu'à faire, supprimer tous les accents, toutes les lettres inutiles (ces "h" en début de mot, ces "cécédille", etc.), celles qui provoquent les fautes d'orthographe, et j'en passe...
Je connais des amateurs de Scrabble® qui vont rigoler!
Plagiant donc Desproges en un sanglot, on pourrait donc dire "réjouissons-nous, nous vivons une époque formidable où nous avons résolu tous les vrais problèmes de l'humanité en écrivant un chat un chas".
Mais de la part d'un pays qui a institutionnalisé des mots comme "Bozar" et "Cinématek", on ne doit plus s'étonner de rien...
Bon, allez, puisque vous avez lu jusqu'ici, je vous file l'adresse d'un site qui propose quatre dictées quotidiennes (les quatre boutons en haut à gauche). Copiez-collez, corriger les fautes et puis obtenez la correction.
Quelques minutes par jour pour se faire fonctionner le cortex, ça ne peut faire de mal à personne. http://www.pause.pquebec.com/dictee.php