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15 mai 2012 2 15 /05 /mai /2012 16:31

Ce lundi 14 mai était un moment important à l'ULB: la remise des insignes de Docteur Honoris Causa à quatre personnalités scientifiques et à trois personnalités dont l'action et l'engagement ont marqué l'Histoire et qui sont en parfaite corrélation avec l'esprit (libre) que promeut mon Alma Mater (c'est promis, c'est la dernière fois dans cet article que j'utilise ce latinisme trop facile).

Les trois personnalités sont  Ela Bhatt, fondatrice du syndicat indien/banque coopérative/organisme de micro-crédit SEWA (Self-Employed Women Association), Costa Gavras, cinéaste, auteur entre autres de "Z", "Music Box" et "Missing" et, last but not least, Angela Davis, ex-égérie des Black Panthers, philosophe et figure de proue de toutes les luttes contre les discriminations et les enfermements de toutes sortes.

Autant dire qu'en décidant d'y aller (mon amour, je ne suis que presque désolé de t'avoir laissée toute seule à la maison avec les enfants...), je savais que je ne risquais pas de m'endormir ni de partir avant la fin...

J'y allais aussi, sans vergogne, pour entendre la formation musicale dirigée par l'excellent Dominique Jonkheere.

Dans un cas comme dans l'autre, je n'ai pas été déçu.

Quelle émotion ! Quel plaisir de voir que l'ULB a pu non seulement désigner des DHC en fonction du parcours de leur vie plutôt que dans l'émotion de l'instant* mais aussi mettre un peu de vie et de spectacle dans une cérémonie qui, sans cela, n'a d'amusant que la partie en latin (comme la messe).

J'y allais aussi confiant du fait que le service d'ordre, échaudé par de récents événements en ces murs, aurait soin d'empêcher les terroristes intellectuels les éventuels trublions de déranger une cérémonie aussi chargée de symbole.

Et là, je n'ai presque pas été déçu.

 

Presque?

 

Ben oui... Fallait bien quelque chose qui ne tournât pas rond...

 

Dominique J. et ses petits camarades m'ont régalé les oreilles et réchauffé le cœur avec des choix musicaux magnifiques et des orchestrations du même tonneau.

Lorsqu'Angela Davis, star à peine voilée de la soirée eut fini son allocution, l'orchestre a entonné "Sweet Black Angel" des Rolling Stones, composée dans la vague de protestation qui avait pour but de la faire sortir de prison à la fin des années soixante (16 mois quand même!)**

A ce moment, j'entends derrière moi un petit remue-ménage: une dizaine de gugusses se sont levés et, courageusement masqués, brandissent un poing ganté de noir. Ils restent là, silencieux et immobiles.

Je reprends ma position initiale, un peu gêné, comme par le bruit d'un moustique pendant le sommeil, et j'observe la réaction des autorités académiques: le Recteur ne semble pas les avoir remarqués. Le Président du Conseil d'Administration les observe un bref instant d'un œil quelque peu méfiant puis redirige son attention vers l'orchestre. Angela Davis, elle, n'a d'yeux que pour la musique.

Soyons clairs: j'ignorais l'essentiel de la biographie de Madame Davis. J'ignorais même qu'elle vécût encore. Je n'en connaissais que son action au sein des Black Panthers. Mais je me dis quand même que ces quelques jeunes gens ont dû se sentir bien seuls...

D'abord, ils n'ont pas réellement suscité l'attention qu'ils désiraient sans doute au fond de leurs petits cœurs fâchés. Ensuite, après avoir découvert "le reste" de la vie d'Angela Davis, j'ai l'impression qu'ils ont raté leur cible en récupérant un geste symbolisant la violence et un certain rejet de l'autre, geste que, si elle ne le regrette pas, "Sweet Black Angel" a quand même réussi à dépasser ou à transcender, par un engagement prolongé et une évolution dans sa vie.

Enfin, et surtout, ils ont dû se sentir bien seuls parce que, sans voir leur ploufesque démonstration, tout l'auditoire Janson battait des mains au rythme de la musique. Et ça, ça faisait chaud au cœur.

Je suis d'accord avec Angela Davis et avec le Président du Conseil (dans son discours de clôture): il reste bien des combats à mener, mais la musique qui unit, qui rassemble et qui réjouit est sans doute la plus belle arme. Et la moins dangereuse.

 

______________

*Staline a été fait DHC au sortir de la guerre. D'accord, il avait contribué à vaincre l'Allemagne nazie, mais il a allègrement progromé quand même.

Ingrid Bétancourt, dont la première visite à sa libération a été pour... le Pape est également DHC.

On peut également citer l'opposante à Ceaucescu Doina Cornea, réactionnaire anti-libre choix sur l'avortement et passablement antisémite

**D'autres aussi fameux se sont engagés dans cette vague: Aragon, Lennon et Prévert pour ne citer qu'eux.

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