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20 mai 2010 4 20 /05 /mai /2010 16:26

Voilà quelque temps que je me désole de l'aseptisation forcenée de la société dans laquelle nous vivotons. Comme je l'ai lu il y a peu, si Desproges avait osé aujourd'hui le tiers du quart de ce qu'il a fait avant de partir vaquer à d'autres occupations, il aurait été crucifié en direct. Avec un jury en prime-time, des pubs partout et un animateur hystérique luttant pour l'occupation de l'antenne contre une voix off basse et dramatique à souhait.

Etrange paradoxe que celui qui accepte le spectacle de la mort en direct, réelle ou figurée, mais qui condamne le moindre écart de langage. Les assoiffé(e)s de célébrité bon marché que sont les candidats de télé-réalité renoncent à toute protection de leur vie privée pendant et après leurs 15 minutes de gloire, mais la loi sur la même protection de la vie privée s'affiche plus souvent que le 1er article de la Déclaration des Droits de l'Homme... La moindre minette qui se veut chanteuse est habillée comme les plus hard des actrices de porno chic: cuir, fouet, maquillée comme une voiture volée et entourée de mâles virils et huilés, à quatre pattes et soumis comme les brebis que leur cachet fait d'eux. Mais c'est pas du sexe hein ! Nooooonnn ! Le sexe, c'est ce qui est mal, qu'il faut éloigner de nos chères têtes blondes, à qui on enseigne l'abstinence et qu'on maintient dans une bienheureuse ignorance des choses de la vie le plus longtemps possible. Les clips vidéo, c'est du divertissement.

Et si Desproges est crucifié, il faut se dire que Buck Danny est en prison parce que l'homosexualité dans l'armée américaine est toujours un crime et Tintin a le Centre pour l'Egalité des Chances et les mouvements anti-racistes sur le dos. Et ne parlons pas de Gaston qui a bien dû se résoudre à devenir un jeune cadre dynamique parce que c'était ça ou la porte quand la World Company a racheté les Editions Dupuis. Je parie qu'Astérix est devenu Gallo-Romain bien intégré dans le tout Lutèce et qu'Obélix a fait un régime (liposuccion, entraînement cardio 9 fois par semaine et tout le toutim) et engagé un consultant en relooking parce que ses tresses, ça fait vraiment ultra-ringard.

Pas plus tard que ce soir, j'entendais Mick Jagger dire qu'il est toujours possible d'être "Rock'n'Roll" aujourd'hui.

Je n'en crois pas un mot. Il est toujours possible d'être un grand artiste et une incroyable bête de scène. Mais la rock'n'roll attitude, rebelle, audacieuse, vivant complètement hors limites, se foutant des règles, se moquant ouvertement du système, elle, est bien morte, assassinée par les relents du business, du pognon que rapporte une carrière rondement menée de compromis en arrondissements d'angles. Il y a d'ailleurs longtemps qu'ils ont compris l'intérêt de surtout ne pas changer un iota à ce qu'ils ont toujours fait. Rien ne ressemble plus aujourd'hui à un concert des Rolling Stones qu'un autre concert des Rolling Stones... C'est le conformisme poussé à l'extrême.

Et qui que ce soit qui essaierait quand même de casser les barrières se verrait bien malgré lui "sauvé" par le système. Quand au hasard de mes pérégrinations zappesques je tombe sur les diffusions de matchs de catch, je ne peux m'empêcher d'être surpris par les mises en garde signalant qu'il ne faut pas le faire à la maison parce que c'est dangereux. Dédouanement facile et bon marché vis-à-vis de potentiels procès parce qu'un plus idiot aurait tenté de lancer son petit frère par terre. Regardez mon spectacle, mais ne le prenez pas en exemple. Aimez-moi, mais ne vous identifiez pas à moi. Et c'est tout le processus fondateur de l'art de montrer depuis Euripide et Sophocle* qui est réduit à néant.

Quelle est l'utilité de l'art si ce n'est de provoquer soit l'attachement, soit la répulsion?

Par ailleurs, tout cela ne date pas d'hier: vous rappelez-vous cette histoire de la mémère qui avait mis son chien à sècher dans le micro-ondes? Légende urbaine ou pas, quel fabricant oserait encore ne pas mettre une armée de légistes à la tâche pour s'assurer que toutes les précautions ont bien été prises pour ne pas risquer le procès qui lui coûterait des millions?

L'aseptisation naîtrait-elle de la paranoïa ambiante? Ou au contraire est-ce le principe de précaution poussé à ses extrémités qui nous fait vivre dans cette peur constante du jugement, de la marginalisation, de la faute et du péché?

Un soir dans le train, j'ai entendu des étudiants partant en guindaille chanter... la Brabançonne. L'originale. Pas celle qui raconte les tribulations d'une fille de joie. Je me suis demandé où avait disparu ce que je considérais comme le dernier bastion de l'insouciance et de la liberté de choquer.

Allez, juste pour que vous ne partiez pas les mains vides:

[Air: la Brabançonne]

Je me souviens lorsque j'étais jeune fille

D'un jeune garçon qui passait par bonheur

Il me trouva si jeune et si gentille

Qu'il me fit voir sa grosse pine en chaleur

Et soudain sous mes jupons s'élance

L'énorme queue qu'il tenait à la main

Il déchira mon voile d'innocence

 

Voilà pourquoi je me suis fait putain (3x)

 

 

_____________

*Que les vénérables maîtres de la tragédie me pardonnent de les avoir comparés aux affligeances qu'on nous propose aujourd'hui...

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