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18 mars 2016 5 18 /03 /mars /2016 17:13

Ou à tout le moins, il doit me manquer quelques éléments pour comprendre le foutoir dans lequel notre civilisation est en train de s'enfoncer à une vitesse qui défie l'imaginaire.

J'ai grandi dans l'idée que l'Europe de l'après-guerre s'était unie au-delà de ses différences afin de renforcer la solidarité, afin de ne plus se heurter aux replis sur soi, aux nationalismes et à la bêtise haineuse qui l'avaient précipitée dans la guerre, l'horreur génocidaire et la négation totale de ce qui avait été défini comme "Humain" un siècle et demi auparavant par des Voltaire, Diderot, Rousseau ou John Locke. "Plus jamais ça", qu'ils disaient... Non content d'y grandir, j'ai étudié le sujet, débattant de nombreuses fois sur la priorité à apporter à cette Europe: plus large ou plus profonde, plus de pouvoir aux Etats-membres ou plus de pouvoir aux Institutions, établir l'Europe de l'Atlantique à l'Oural ou rester sur un schéma de guerre froide qui arrêterait l'Union à la ligne Oder-Neisse. Quelle que soit l'option, l'objectif était identique, ne plus avoir le vertige en se regardant le nombril.

A quel moment ai-je bien pu fermer les yeux suffisamment longtemps pour que m'échappe ce changement radical de mentalité et de fonctionnement ? Quand, précisément, a-t-il été décidé de revenir vers une mentalité de frontières, de murailles, de forteresse, d'aristocratie du monde ? Il est bien évidemment illusoire de penser que ça se fait en un claquement de doigts. Quand la bête immonde revient, elle ne sonne pas l'alarme. Elle s'insinue, elle pollue subrepticement les consciences suffisamment lentement pour que personne ne constate le changement. Et puis un jour, elle est installée. Elle est là et ça paraît normal à tout le monde. Et ceux qui crient encore au loup passent pour de folkloriques agitateurs.

Mais cette mentalité moyenâgeuse est bel et bien réinstallée: on ne peut pas accueillir toute la misère du monde. Protégeons-nous contre l'envahisseur qui vient occuper nos vertes campagnes et faire une joyeuse partie de camping dans notre pré carré !

Du haut des murailles immaculées de la forteresse Europe, lorsque le ciel est clair, nous pouvons apercevoir au loin les bombes qui tombent sur les maisons syriennes. En fermant à moitié les yeux, nous pouvons voir les violations flagrantes de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme et de la Convention de Genève, nous pouvons voir les populations civiles humiliées, déportées, massacrées. Mais nous ne voulons pas les voir de plus près ! Nous avons d'autres soucis, infiniment plus importants: nous avons des banques à sauver, nous devons préserver le fonctionnement de surinvestissement boursier qui garantit notre mode de vie. Oui, oui, celui qui épuise les ressources de notre planète de plus en plus vite, de plus en plus irréversiblement.

Mais surtout, nous voulons nous préserver de l'autre, du différent, de l'étranger, barbare, déparant les "racines chrétiennes de l'Europe".

Alors, pour ce faire, nous renonçons à tout l'héritage d'accueil, de solidarité, de tolérance et d'amitié entre les peuples. Nous traitons ces populations qui demandent de l'aide comme des parasites. Pour ne pas avoir l'impression de violer (une fois de plus) la convention relative au statut des réfugiés, nous leur donnons le doux euphémisme qualificatif de "migrants". Nous les laissons vivre dans des conditions qui feraient vomir un coprophage. Et non content de ça, nous, Européens, enfants de l'exode, de la guerre et de la Shoah, nous qui oublions que, tels les aristocrates, nous ne devons notre confort qu'au hasard d'être né quelque part, nous nous gargarisons de la conclusion d'un accord d'échange "un contre un" avec un partenaire aussi "sûr" que la Turquie d'Erdogan, réputée pour son respect sans tache des Droits de l'Homme !

Comme le disait Philippe Hensmans, Président d'Amnesty International Belgique mardi dernier à la RTBF: "Dire à des réfugiés syriens que la Turquie est un pays sûr, c'est comme dire à des juifs en 1937 que l'Autriche est un pays sûr". Je suis persuadé qu'on va lui reprocher le caractère outrancier de ses propos. Mais c'est normal : il crie au loup, et c'est un folklorique agitateur qui ne devrait pas se lancer dans de telles polémiques.

Ne lui jetez pas la pierre, je suis derrière.

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